Artiste, après vingt ans d’improductivité ? Oui si lutte et errance de cette ἐποχή adviennent comme Ἰλιάδος | Ὀδύσσεια. Mon suspens de toute activité visuelle m’en fait redécouvrir la nécessité, par dévoilement progressif. Se perdre pour découvrir – αληθεια – quoi ? Soudaine évidence d’un autre, comme un moi perdu, oublié ; d’un ailleurs, comme le lieu quitté, omis : Ἰθάκη face aux îles Anglo-normandes. A scene to see the sea, site d’un dasein visuel, unheimlich, retour auprès du visuel. Retour d'Ulysse, en Dedalus.
discoverRegards qui étaient venus au monde pour détruire la peinture. Fossoyeurs : Courbet visuellement, Duchamp intellectuellement. Un exilé et un touriste près Viviscus, l’un à La Tour-de-Peilz, l’autre à l’Hôtel Bellevue de Chexbres, vague et cascade, partageaient une machine à broyer. Du noir, du blanc et entre quelques bruns et verts verres ; de la matière grise, poussière ou lampe à gaz, deux destructeurs, en bas, en haut, pour qui eau, sel, gouffre, trou, écume, vague et chute, sont origine et fin. Reprendre, s'en déprendre – essai de comprendre.
discover"Definition. C'est une imitation faite avec lignes et couleurs, sur une superficie plane, de tout ce qui se voit sous le soleil (...). Il ne se donne point de visible sans (...)". De Nicolas Poussin à M. De Chambrai, de Rome, le 7 mars 1665 ; ainsi fixait-il le cadre et les moyens de la visibilité picturale contre la spectacularisation baroque. Il clôt l'espace classique par six principes donnés en soi, de tout temps et lieu étant là. Questionner les conditions de l'apparition des principes du visible par la réouverture de l'espace image en une série de triptyques.
discoverObsession, état de siège, fascination. Ce n’est portant qu’un "paysage", sans personne ; que des "choses" et même, en matière de chose, quasi sans rien : lacus locus nihil. Eaux, nuées, reflets, pas même des choses - phénomènes ? Un éloignement qui outrepasse tout rapport aux gens, au vécu (la peinture, c’est l’histoire, les figures ; la photographie, c’est les faits, le portrait ; au moins l'image c'est rendre visible quelque chose ou quelque cause). Outrepasser figures, faits, choses. Passer outre l’être. Pour, solitaire, l’Etre seul ? Obsession en éternel retour.
discoverJe sais à quel point vous appréciez le Rien, et je peux dire qu’un cadeau vous fera d’autant plus plaisir qu’il s’approchera de rien. Mais je ne parvenais pas à penser à quelque chose qui, tout en étant proche de rien, serait ce que je veux vous apporter, c’est à dire rien. Nihil – nichts – nix. A ce moment précis, ici, il y avait quelque chose de plus petit qu’un goutte, et qui pourtant avait une forme : nix, eine Schneeflocke. Atque en fatale nomen, Nihil amanti. Nam si Germano quaeras, nix quid sit, respondebit Nihil, siquidem Latine possit. Rien suit.
discoverQue quiconque paraisse dans l’image suffit à la tentation narrative. Hors le genre spécifique du portrait qui dénote la seule présence, toute autre représentation humaine connote l’advenir d’un récit. La posture, le geste, l’existence même de quelqu’un tendent à faire sens ; qu’en plus il ne soit pas seul, deux ou plusieurs, c’est une action, un dialogue, une communication qui se signifient – ou plutôt sollicitent une signification. Aussi ténu soit l’ébranlement, insignifiante la provocation, autrui m'interpelle, radicalement étranger. De quelle voix y a-t-il narration ?
discoverRecadrer carré : la certitude de la forme la plus rationnelle s’oppose à son effet de désorientation, similaire à l’affect du naturel, pour qui plonge en les entrelacs végétaux, terreux, aqueux. Le carré n’a ni haut ni bas, ni gauche ni droite, ni amont ni aval. A l’accroissement ou à l’affalement, à la poussée ou à la chute, le carré rétorque de sa stabilité, de son immuabilité. Dissemblance et similitude : le diptyque, forme redoublée du carré fait écho entre cadre et aléa, ouvrant entre deux vues l’inexistence hors cadre du monde même – radicalement autre.
discoverS’impose le pas en arrière. Auprès de ce rien, retour à l’obsession, qu’est vue d’eau et d’air, monde effacé, invu, effaçant. A peine l’horizon, dépassant et à dépasser ; reconduction de la question : le réel, le conçu, le perçu, l’être, leur absence, leurs opposés ou leur privative ; l’existé. En la même vue de rien, toujours reconduite, retour sur Anaximandre, comme au début d’un chemin oublié. Parcours enfoui en notre monde de choses, d’étants – objets, structures, sujets, monde néantisant à néantiser.
discoverDeutsch et English entretiennent homographie et homophonie de signifiants, indiquant homologie entre merlac et voir, appel de celles qui ont ancrés les rapports entre œil et eau, rétine et miroir, rayon et reflet, lumière et vue, éclat et regard. To see die See, sehen the sea : vue qui est vision et intellection-interrogation ; was|ser, what|er, miroir et réflexion, prévision et pensée. De langue à langue : see-sehen, sea-see, d’onde en onde, en vagues, sensation-perception-conception, d'une surface, d'un espace, d'une profondeur.
discoverOubli de l’être, d’être, j’attends d’être, l’être. L’attente, l’oubli. Face au lac – vue | lecture, en eux : l'ouverture d'un écart, l'instauration d'une série d'espaces. Des rivages du lac, du texte, des bords d'un espace qui n’a de vision, d'écriture que dans leur effacement, les empêchant ainsi, inlassablement, d'accéder à la présence. J’attends oubliant l’activité, la pression du faire et des choses, le réel ; j’attends, oublié du réel, des choses, du faire, de l’adhésion du on. Au seuil du visible, du texte, de la présence : l’instant d’accès.
discoverVues croisées à la rencontre de deux paroles : Jean-Luc Marion et Henri Maldiney. Aux appels méta – θεός de l’un, l’autre répond en infra – Ψυχή. Je vois phénomène saturé et transpassibilité comme deux voies cernant, de dessus, de dessous, même interrogation de l’être-au-monde, du « je-Da au-Das ». Vues et voix s’accompagnent des présences de William Turner, Hans Hartung, Pierre Tal Coat, Geneviève Asse, Mark Rothko, Nicolas de Stael, Jean-Luc Godard, Pierre Soulages, Cy Twombly, Agnès Martin. Entre eux et moi, le lac toujours.
discoverUn suspens. Un temps, homo laborens couvre homo faber ; vita activa recouvre vita contemplativa. Rideau. Mais au travers le voile, reste ce qui chatoie scintille ; ce qui donne une certaine réverbération à la vie, soit par un jeu de couleurs vives et variées, soit par un jeu de lumières nuancées. Vue sans texte : numquam se plus agere quam nihil cum agere, numquam minus solum esse quam cum solus esset. C’est avec Lol V. Stein que je suis : Le ravissement, Le vice-consul, L’amour, India Song, Son nom de Venise, La femme du Gange, Emily L.
discoverAs-tu vu quelquefois, en regardant en l'air, une nuée semblable à un centaure, à un léopard, à un loup, à un taureau ?
– Do you see yonder cloud that’s almost in shape of a camel?La comique folie du Sage était devenue la folie tragique du Prince. Et il fallait bien rire un peu, naïvement, des pleurs du temps présent. Rejouer le drame des apparences, de celui qui sait, croit savoir et fait croire connaître ; de celui qui décide, croit décider et fait croire diriger ; de ceux qui agréent, croient agréer et se font croire libres. Il y a aporie phénoménologique lorsque la perception du sujet ne peut donner lieu à une interprétation intersubjective ; interprétation nullement dirigée par un savoir ou un pouvoir ; interprétation juste partagée.
discoverCe que l’œil voit, le regard se le raconte. Percées de la vue, saillies du récit, ces miscellanées appellent la peinture, en une ellipse gravitant du maniérisme vénitien au classicisme romain, aux doubles foyers sombres et clairs du baroque. Colorito, crépitement lumineux, ténébrisme et clarté du dessein tendent son excentricité. Les qualités frémissantes de couleurs devenue matière lumineuse ; les éclats ponctués dans les sombres contre-jour ; les creux qui enfoncent la vue ou les surgissements qui agressent le regard parcourent cette ellipse.
discoverέποχή épochè : mise en suspens du monde, de sa perception et de sa conception comme réalité extérieure. Jusqu’à en faire un phénomène apparaissant non devant moi, non autour de moi, mais en moi.
سمت samt ar-ra's - zenith : chemin au-dessus de la tête. Point où une droite passant par le centre de la terre et par l'observateur perce la sphère céleste. Point situé à ma verticale, au-dessus de ma tête, d’où je perce le dehors en néant ; creusant en ego son apparition.
έποχή épochè : mise en suspens du monde, de sa perception et de sa conception comme réalité extérieure. Jusqu’à en faire un phénomène apparaissant non devant moi, non autour de moi, mais en moi.
ὸρίζω horizon : borne de la vue, limitant, étant à la limite. Limite d'un champ visuel ramené au rien d’où je perce le dehors en néant ; creusant en ego son apparition. Borne d'un monde défini par mon horizon ; aporie du solipsisme et de l'intersubjectivité.
Mes vues photographiques sont issues de mes expériences picturales passées. Et si ces photographies étaient les prototypes de peintures à venir ? En regard des images captées, imaginer le procès peint de ces images. De la captation des lumières colorées à la fabrication de la matière couleur. Non la pâte picturale comme matière sortie du tube : chaque couleur paraissant par filtrage au-travers une autre couleur filtrante. Couleur : effet de lumière filtrée par des voiles translucides ; glacis picturaux, brumes photographiques.
discoverL’amour, texte de Marguerite Duras, imprime en l’esprit des visuels décisifs, fulgurants, alors même que la narration est indécise, ténue. Les mots n’y déterminent pas un récit, ils y hallucinent des images. La temporalité de leur lecture ne fait pas histoire, mais itération de scènes appelant une cinématique, autre vision de l’image-cinéma. Incité dès la lecture à faire image de ces mots, je ne trouvais pas les moyens de réalisation : lieux, acteurs, captation. L’ IA générative Midjourney s’est imposée, par ce processus d’hallucination image à partir de mots.
discover2016 : subir au travail le mobbing ; dépression, arrêt maladie et chômage, exclu de l’école que j’avais créée. Restaient l’art visuel, l’écriture et la solitude absolue à laquelle ne pouvait que répondre un gouffre, la Tine de Conflens, un texte, Thomas L’obscur et notre couple, la relation avec Catherine, mon épouse : retour à la matrice, protégé par les eaux et reflets, les mots et idées, l’intime partage, s’élaborant d’autant plus forte qu’elle se prive de l’extérieur. Refuge qui m’a guéri, dont je ne pouvais savoir la fin.
discoverPhotographie, écriture et lecture de Maurice Blanchot accompagnent une semblance de reconstruction, pensant les blessures de la mémoire, offrant l’ouverture de l’oubli. Du gouffre aux cimes, le dessein projetait sortie, existence. Retour à l’emploi, passion d’enseigner au CFP Arts de Genève, et promesse du couple, d’une relation créant monde commun. L’entre-deux : soi n’existant pas sans l’autre ; l'intersubjectivité enfin trouvée. Espace ouvert, notre fils Romain en tiers partagé, avec Catherine, mais dont j’ignorais la fin
discoverL’arrêt de mort. Seize heures, dimanche 13 octobre 2024, Catherine défunte. La mort de l’Autre : une double mort, car l’Autre est déjà la mort et pèse sur moi comme l’obsession de la mort. Ta mort, Catherine, c’est l’annihilation de notre espace commun. Ta mort ne me prive pas de moi-même mais de cet espace qui fut l’existence. Ta mort emporte le réel, le monde. C'est la fin, un « je » sans Autre-toi, moi-Même qui ne peut exister. Catastrophe : désastre qui m’emporte, seul survivant au quotidien dévasté, désormais mourant.
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